Pas toujours facile d'être à la fois parent et salarié, vous allez pouvoir en juger !
Le lundi 10 août dernier était pour moi un jour de reprise, après un mois de vacances bien méritées. Je me lêve et me prépare sur la pointe des pieds, parce qu'il était prévu que je laisse Max dormir et que je rentre peu avant midi en vue d'un bon déjeuner pris ensemble dans le jardin, avant que son papa vienne le chercher pour passer l'après-midi avec lui.
Mais Max s'est réveillé avant mon départ, et il m'a suppliée de rester ce matin-là à la maison. "Steuplait Maman, steuplait !". Comme vous l'imaginez, j'ai craqué, téléphoné à la mairie, et nous avons passé la matinée ensemble.
Bien sûr, à mon arrivée au bureau le lundi après-midi, mon premier geste aurait dû être de remplir un document de demande de congé pour régulariser cette demi-journée, mais je me suis laissée immédiatement absorber par le boulot, et j'ai oublié de faire le nécessaire.
Le directeur des services techniques, lui, n'avait pas oublié, et comme apparemment je suis très impressionnante et intimidante, il ne m'a rien dit en face.
Jeudi après-midi, le papa de Max travaillait. Comme ma plage horaire de présence obligatoire à la mairie s'inscrit entre 15 heures et 17 heures, mon cher Fiston avait juste une paire d'heures à passer seul à la maison.
Mais il avait l'air de s'ennuyer, et précisément, j'ai un bureau vide en face du mien. De plus, j'avais beaucoup de travail, et je me suis dit que si Max était paisiblement en train de jouer à la DS (sans le son !) ou de lire en face de moi, je pourrais abattre bien plus de boulot, voire rester au bureau jusqu'à 18 heures passées pour avancer dans mon travail.
. . . . . . . E R R E U R ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !
Nous nous sommes donc installés dans mon bureau tous les deux, lui avec son jeu et moi devant mon ordi. Au bout de quelques minutes, ma responsable administrative m'a dit que la présence de Max dérangeait le directeur et qu'il valait mieux le faire sortir du service. Je l'ai donc emmené en salle de pause et me suis remise au travail. Etrange, d'ailleurs, je n'avais pas l'impression que Max et le directeur s'étaient croisés dans le couloir.
Mais... ce n'était pas fini, loin de là.
Le téléphone sonne. C'est la DGA (directrice générale adjointe) - la DGS (directrice générale des services) étant en vacances. Comme elle m'ordonne de descendre à son bureau, je suis encore assez naïve pour lui demander "Avec quel dossier ?" - "Avec rien, je veux vous parler d'une situation bien précise." Aïe, que se passe-t-il ?
J'entre dans le bureau de la DGA. Mon directeur s'y trouve déjà. La DGA commence par me reprocher mon absence non régularisée de la demi-journée du 10 août. Je les prie de bien vouloir excuser mon étourderie, et crois que l'incident de la reprise loupée s'arrête là. Mes excuses sont d'ailleurs d'autant plus plates que l'une de mes collègues du service des ressources humaines me l'avait rappelé et que malgré tout j'avais zappé cette histoire de régularisation.
Puis, naturellement, la DGA (alors que mon directeur ne dit pas un mot) condamne la présence de Max dans la mairie et, plus embêtant, me demande de lui faire quitter les lieux immédiatement.
Réalisant l'inconvénient de quitter mon bureau avant 17 heures (des complications administratives, et plus d'une heure en moins au compteur) je dis quelques banalités pour gagner du temps, du style "Excusez-moi", "j'ai un bureau vide en face du mien", "je n'avais pas conscience de la gêne occasionnée", "il est grand, il ne bouge pas" etc. Mais la madame m'assène : "Débrouillez-vous, trouvez une solution pour le faire chercher" (SIC - c'est une expression locale qui signifie : venir, aller chercher, récupérer, prendre).
Croyant la faire réagir sur la disproportion entre le "délit" et sa réaction, je lui dis : "Je n'ai pas de famille ici, et en dehors de la mairie, je ne vois guère que ma voiture." La DGA n'a pas saisi la boutade, et m'a menacé d'"accomplir son devoir de citoyenne" et de "prévenir qui de droit" si je laissais mon fils seul sur le parking.
Bref, j'ai dit que j'allais trouver une solution et j'ai quitté le bureau de la DGA, la laissant seule avec mon directeur. Mes collègues, plus avisés que moi, ont très vite solutionné le problème : le hall d'accueil de la mairie est un lieu public, où de surcroît, à la vue de tous, Max ne risquait absolument rien. Mon fiston s'est donc installé dans cet espace vitré, et je pouvais le voir de mon bureau.
Du coup, à 17 heures tapantes, j'ai quitté la mairie parce que, l'air de rien, le petit s'ennuyait ferme dans le hall d'accueil. Non seulement je n'ai pas pu rester jusqu'à 18 heures et des poussières pour avancer dans mon travail, mais de plus, les déambulations dans la mairie pour installer Max et la convocation dans le bureau de la DGA m'ont fait perdre un temps considérable.
Mais.... ce n'était toujours pas fini !
La semaine suivante, j'ai reçu à la maison le courrier ci-dessus (clic sur l'image pour le rendre plus lisible). Certes, le but de ce courrier n'est pas de faire rire, mais le bilan de l'histoire est tout de même très drôle. Si je résume, cela donne :
-----> Abbounette a voulu abattre plus de boulot et a amené Max au bureau pour ne pas culpabiliser du temps passé sans lui.
====> Les conséquences :
- Obligation de quitter le bureau bien avant l'heure où j'avais prévu d'arrêter le travail,
- Au moins une heure perdue en reproches de ma hiérarchie et en recherche d'un lieu adéquat où installer Max,
- Deux directeurs occupés pendant je ne sais combien de temps à discuter de ce qu'il fallait me dire lors de l'entretien puis à faire le bilan de celui-ci,
- Une directrice occupée à rédiger un courrier, ce qui a dû lui prendre un certain temps - pour éliminer les tournures de phrases locales du style "faire chercher",
- Une personne occupée à taper le courrier,
- Plusieurs personnes occupées à le relire (tout le courrier sortant de la mairie étant relu et vérifié par au moins quatre personnes)
..... le tout aux frais du contribuable, le grand absent dans ce genre d'histoire, celui dont les intérêts passent très loin derrière les luttes de personnes à l'intérieur de l'administration.
Si j'avais voulu faire exprès de gaspiller du temps et l'argent du contribuable, je crois bien que je n'aurais pas mieux réussi.
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