C'est un peu long à lire, mais c'est très important. Ce qui suit peut vous sauver la vie ou préserver votre santé.
Mes amis, au cours d'un séjour en centre hospitalier pour une exploration de mon sommeil, j'ai appris que je suis sujette au syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS). Comme il s'agit d'une maladie sournoise, il me semble important de vous parler des symptômes qui doivent vous amener à suspecter un SAOS.
En effet, les signes du SAOS ressemblent fortement à des symptômes de dépression et/ou d'anxiété, et c'est ainsi qu'une maladie respiratoire qui présente un risque vital peut passer inaperçue durant de longues décennies. Ces signes sont les suivants : fatigue de plus en plus importante, surtout le matin, maux de tête matinaux, sentiments de découragement, d'impuissance à la moindre contrariété, nervosité, irritabilité, trous de mémoire, sensations d'étouffement la nuit (prises par les différents médecins consultés pour des manifestations d'angoisse, et traitées comme telles du point de vue médicamenteux) et encore réveils fréquents, passages fréquents aux toilettes la nuit, et j'en oublie sûrement.
Un gros coup de fourchette et un surpoids doivent également vous mettre la puce à l'oreille. C'est justement ce dernier signe (surpoids et appétit très important) qui a alerté mon médecin actuel dès ma première visite chez lui : il m'a expliqué que l'on compense un sommeil insuffisant par la nourriture.
Le SAOS, s'il n'est pas diagnostiqué et traité à temps, peut provoquer un accident vasculaire cérébral ou AVC (cliquer sur les mots soulignés). C'est d'ailleurs ce qui était arrivé aux autres personnes qui se trouvaient en même temps que moi à la "clinique du sommeil", et pourtant elles sont un peu plus jeunes que moi. C'est l'AVC qui les a menées à la recherche d'apnées du sommeil. Le SAOS peut même, parait-il, déboucher sur un infarctus.
Donc, j'ai eu beaucoup de chance, je n'ai pas subi d'AVC. Début 2008, j'ai changé de médecin sur les conseils d'une copine. A la toute première consultation, alors que je n'avais mentionné aucun des symptômes ci-dessus à part la fatigue, il a suspecté le SAOS lorsque je lui ai dit que j'avais pris du poids les derniers mois. 14 mois après, en raison d'importants délais pour obtenir les rendez-vous chez l'ORL, la pneumologue et enfin un lit en clinique du sommeil, son diagnostic est confirmé.
Concrètement, je connais des sensations d'étouffement au réveil depuis 1974. Pendant plus de 33 ans, tout le monde, y compris moi-même, pensait qu'il s'agissait de cauchemars dûs à une nature anxieuse. Je rêvais par exemple que j'étais à la piscine, que je nageais sous l'eau, puis que je ne retrouvais plus le moyen de remonter à la surface. Plus tard, une fois adulte, j'ai passé des radios du nez et des sinus, et les praticiens ont décelé une déviation de la cloison nasale. Je croyais donc que c'était mon nez qui m'empêchait de respirer à fond en position couchée, et que j'avais deux alternatives : prendre mon mal en patience ou passer sur le billard.
Au paragraphe précédent, je vous ai décrit des sensations. Voici à présent la réalité dépeinte par les tracés de mon activité cérébrale et cardiaque nocturne telle qu'elle est apparue durant mon enregistrement du sommeil :
- je m'arrête de respirer en moyenne 36 fois par heure, pour une durée de 15 à 46 secondes,
- au bout de ces quelques dizaines de secondes d'apnée, mon cerveau me réveille sans que j'en aie conscience : c'est un micro-réveil, qui se produit environ tout les deux minutes,
- à chaque apnée, mon coeur a un surcroît de travail : il pompe davantage pour compenser le déficit en oxygène,
- au cours de la nuit d'enregistrement, j'ai connu une seule phase de sommeil profond,
- conclusion : si vous souffrez d'apnée du sommeil, votre cerveau et votre coeur sont sursollicités pendant que vous dormez, et votre sommeil n'est pas réparateur ; votre cerveau et votre système cardiovasculaire se fatiguent au fil des années, avec des conséquences cérébrales (pertes de mémoire, nervosité...) et vasculaires (risque d'AVC).
Pour toutes ces raisons, plus le SAOS est diagnostiqué tôt, mieux c'est. Heureusement, il semble que les problèmes de fatigue et de mémoire sont réversibles - il paraît qu'ils diparaissent dès le début du traitement.
L'examen :
Il n'est pas du tout douloureux, juste un peu désagréable : une nuit durant, vous êtes relié à des dizaines d'électrodes, et il est impossible de vous lever sans que quelqu'un vienne vous "débrancher". Si vous présentez plus de trente apnées par heure, vous aurez droit au même examen la nuit suivante, mais cette fois avec le traitement. Vous passerez une troisième nuit pour qu'on puisse s'assurer que vous saurez vous appliquer votre traitement tout seul à la maison.
Durant une journée, on vous invite à vous coucher à 5 reprises, à deux heures d'intervalle, pour voir si vous vous endormez.
Au cours des différents examens, vous êtes filmé.
Le traitement :
Aucun médicament, pas de chirurgie.
Un masque, relié à un appareil de la taille d'un gros radio-réveil, vous envoie de l'air ambiant (humidifié ou non selon vos besoins) en légère surpression. Vous respirez donc sans effort, même en position couchée, et c'est très agréable. L'équipe soignante met au point la pression qui vous convient grâce au système d'électrodes qui lui permet de veiller sur vous et d'intervenir à distance.
Le lendemain, malgré la "nouveauté" d'un masque sur le nez, vous vous réveillez très reposé.
Au bout des deux nuits, je me suis remise au jogging, que j'avais abandonné depuis quelques mois pour cause d'excès de fatigue.
Quand vous sortez de l'hôpital, vous n'emportez que le masque. Quelques jours plus tard, un prestataire vous contacte pour essayer avec vous différents modèles d'appareils de ventilation, et de masques au cas où celui de l'hôpital ne serait pas bien adapté à la forme de votre visage. Le tout est remboursé, et la consommation électrique due à l'appareillage est également remboursée.
Maintenant que j'ai goûté au plaisir de respirer à fond en m'endormant, j'attends avec impatience mon vent frais à domicile.
Il existe, pour les apnées légères, une alternative au masque, à savoir un appareil dentaire qui avance la mâchoire inférieure dans une position plus propice au dégagement des voies respiratoires.
Voilà, je crois que vous savez l'essentiel de ce qu'il faut savoir. Et surtout, en cas de doute, n'hésitez pas à demander une exploration de votre sommeil. D'après les infirmières - je n'ai pas vu le médecin, lol, puisque ma sortie tombait un samedi, il faut donc que j'attende que mon médecin traitant reçoive son courrier - donc d'après les infirmières, ,j'ai eu de la chance : la chance d'avoir un "très bon coeur" qui a vraiment bien travaillé pour compenser efficacement le déficit en oxygène durant toutes ces dizaines d'années, ces milliers de nuits.
Le plus drôle, c'est qu'aucune de ces apnées de plus de 40 secondes ne m'a réveillée (de façon consciente) durant la nuit de l'enregistrement, et que le matin je me suis levée en pensant "Ah zut, je n'ai pas fait d'apnée cette nuit, il va falloir recommencer." Aussi, je me demande vraiment combien de temps dure une apnée qui me provoque un cauchemar et me réveille pour de bon.
Illustrations :
Eole : image Wikipedia
Morphée : http://www.icietla.com/fr_artistas.html?Param=Dis:5 |